Des tiroirs au journal.
Écrite par Georges Van Linthout, lui-même !
Bonjour !
Cette Carte Blanche est un peu particulière car elle est écrite par George Van Linthout ! 🙂
Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, il est l’auteur et créateur de Lou Smog, entre autres !
Il y a déjà un petit temps que l’idée de faire écrire de temps à autre une Carte Blanche par un autre dessinateur me trotte en tête… et à présent, c’est une réalité !
On fera ça de temps en temps selon que j’arrive à débaucher un dessinateur ou l’autre. haha
Bonne lecture ! 🙂
Nicolas Walthéry
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À l’entrée des années 80 (1980) sortant de Saint-Luc à Liège, j’avais, comme c’était l’usage, envoyé des dessins et quelques planches aux deux journaux importants de l’époque – à mes yeux en tout cas – à savoir le journal Tintin et le journal Spirou.
J’avais bien essayé de placer des choses chez Walt Disney, mais il aurait fallu que je sois plus au point ou en tout cas plus proche du style…
Je trouvais que c’était proche, mais Disney n’était pas du même avis ! Bizarre !
Un jour, j’ai reçu un télégramme de Philippe Vandooren, nouveau rédacteur en chef de Spirou : « Prière prendre contact maison Spirou le plus rapidement possible stop merci déjà et amitiés ».
C’était en novembre 1982, j’étais jeune marié et bientôt père de Benjamin… Et inversement plutôt dans le désordre ! Gloire, fortune et reconnaissance !
Dupuis sortait un numéro spécial 35ème anniversaire de la création du journal et m’achetait une histoire courte, une douzaine de pages, que j’avais réalisée sur un scénario écrit lorsque j’étais à Saint-Luc : « le petit Robert et la cousine Aubeurre ».
Sur ces entrefaites, j’ai dû effectuer mon service militaire légèrement raccourci grâce à un accident de voiture.
Mais ça mettait un frein à la gloire et à la fortune qui frappaient à ma porte et restaient sur le palier.
Mon devoir national accompli, je reçois un courrier, cette fois des éditions du Lombard.
Le rédacteur en chef, Jean-Luc Vernal, souhaitait me rencontrer. Il réagissait à des planches que j’avais envoyées des mois auparavant… Pas super rapide, le gaillard, mais bon.
Je me présente à la rédaction du journal Tintin, Vernal veut m’acheter une histoire courte policière que j’avais réalisée.
Le hic, c’est que je l’avais entretemps vendue à un journal polar dirigé par une rédaction féminine : le journal « Ice Crim’s », très chouette, très classe.
Jean-Luc Vernal insiste pour que je les lui vende, mais je refuse, ça aurait été malhonnête.
Il me propose même le double du prix que payent « ces bonnes femmes » comme il le dit élégamment !
Je lui explique tout de même que ces planches et les fameuses planches du petit Robert avaient été envoyées plusieurs mois auparavant.
Il s’étonne, n’avait rien vu et fait venir illico la secrétaire censée les avoir reçues.
Elle ne s’appelait pas illico, c’est une formule. Il lui passe un savon devant moi… Je ne savais plus où me mettre.
Il montrait son autorité à un petit jeune, en somme.
L’orage passé, il me commande des planches d’histoires courtes policières pour un projet de magazine plus adulte en préparation au Lombard. C’est OK, je reçois mon premier contrat.
Il devait faire à peu près un format A4 recto-verso… Loin des bottins actuels !
Un numéro Tintin spécial jeune est publié dans lequel une première histoire policière est proposée.
Après ça, pendant des mois, je vais régulièrement fournir des histoires courtes policières, mais la revue adulte ne paraît toujours pas. Le temps passe et mes planches restent désespérément dans les tiroirs de l’avenue Paul-Henri Spaak.
Mon but était toujours de publier dans le journal Tintin, je m’attelle donc à une histoire policière humoristique à l’improbable titre « Babylas Crampon contre le docteur Von Potzeul ».
On sent directement le potentiel ! Vernal est surpris, il me demande pourquoi j’ai fait ça. Il préfère les histoires policières que je réalisais avant. La réponse est simple : « je veux être dans le journal Tintin, pas dans les tiroirs ».
Il accepte de publier l’histoire moyennant l’ajout d’une page mais me demande ce que je veux faire après

Ni lui ni moi n’avions l’intention de continuer dans ce style d’histoire.
J’avais prévu le coup et lui sort les 12 premières pages de Lou Smog appelé à ce moment Lou Cassidy. Je ne m’étais pas foulé pour le nom, ne prévoyant pas forcément d’en faire un personnage récurrent.
Vernal, au contraire apprécie le personnage, il s’emballe et propose de l’appeler Lou Smog. Le nom me plaît et il convient à un policier de BD.
Vernal bouleverse la programmation du journal pour présenter le nouveau personnage.
Je suis aux anges. Fortune, gloire et beauté, encore une fois !
C’est donc ainsi que commence la série Lou Smog, un peu sur un coup de poker qui a réussi. Je réalise mon rêve, mais quand un rêve se réalise, il est remplacé par un nouveau rêve…
Là il s’agissait de sortir la série en album. Le journal c’est bien, mais l’album c’est une consécration.
Ça va demander du temps et quelques passes d’armes plus ou moins mémorables avec Jean-Luc Vernal. J’en parlerai une autre fois.
La diplomatie n’étant pas une de mes plus grandes qualité, un premier conflit a pointé son nez dès la publication de la première histoire de Lou Smog.
Je l’ai raconté dans l’intégrale 1 de la série. J’avais donné pour titre à cette première histoire qui mettait en scène un étrangleur : « Strangler in the night », dans la tradition des titres de séries noires.
Vernal, sans m’en faire part, publie l’histoire sous le titre « Etranglements nocturnes » !!! Titre digne d’un film porno de 12ème catégorie ! Je lui laisse un mot à la rédaction en lui disant, que son titre était tarte (selon une expression qu’il affectionnait ).
Réaction immédiate, courrier incendiaire, mais il refuse un titre en anglais. Il me propose de mettre un autre titre et je l’envoie bouler. Je n’ai pas envie de m’emm….. avec ça.
Après l’euphorie de la gloire et de la fortune, ça partait mal. Néanmoins l’histoire est publiée, l’incident est clos et je commence à recevoir du courrier de lecteurs. C’était l’avantage des journaux, le contact direct avec les lecteurs.
Il aura fallu 4 ans pour qu’enfin je puisse être publié régulièrement dans le journal, et c’était moins une, très peu de temps après cette première publication, le journal Tintin disparaîtra pour être remplacé par le magazine Hello Bédé où les publications d’histoires courtes de Lou Smog continueront ainsi que les prépublications des albums.
Mais c’est une autre histoire.

Voilà, c’est la toute première Carte Blanche écrite par un autre dessinateur que mon père, François Walthéry.
Avant tout, je précise que le focus de cette newsletter restera sur l’univers de François Walthéry, évidemment. Ne vous inquiétez pas, la majeure partie du contenu des Cartes Blanches restera orientée vers l’univers “Walthéry“.
Néanmoins et comme je l’ai écrit au début, j’ai eu cette idée de faire écrire de temps en temps une newsletter par un autre dessinateur.
Bref, qu’en pensez-vous ? (Il y a un petit sondage si vous voulez partager votre sentiment).
P.S. Pour remarque : Cela n’augmente PAS le nombre de Cartes Blanches par mois. Il y en aura toujours deux par mois.
Nicolas Walthéry
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Perso, une newsletter écrite par Marc Wasterlain me plairait énormément… mais chaque chose en son temps.
À bientôt. 🙂
