Un lundi comme les autres.

22 mai 1967

Bonjour à toutes, tous !

Je n’ai pas toujours envie de parler de bandes dessinées, bien que ce soit le métier que j’adore depuis pas mal de temps !

Comptez !

Officiellement, j’ai commencé professionnellement en juillet 1962… Bon !

C’était un lundi comme les autres, le 22 mai 1967.

Comme tous les lundis, vers 14h00, j’arrivais à Bruxelles par le train pour me rendre à Uccle chez Peyo ! …

… Comme chaque semaine depuis 1963, je revenais à Cheratte le vendredi et je me ramenais tous les lundis pour schtroumpfer toute la semaine dans l’atelier de notre “cher petit patron” (comme Peyo aimait toujours de dire) pour y rejoindre mes vieux amis Roland Goossens et Francis Lucien De Gieter … et peyo bien sûr !

Mais ce lundi-là n’allait pas être un jour comme les autres !

Au sortir de la gare centrale qui, de loin, domine la Grand-Place de Bruxelles (il n’y avait pas encore trop de bâtiments devant la sortie et l’espace était très large…), Je fus pris à la gorge par une odeur âcre de brûlé… papier et volute de toutes sortes retombaient du ciel.

Des bruits de sirènes, de pompiers, de police et d’ambulances… Et devant moi, pas trop loin, une énorme colonne de fumée noire.

Cela venait de la rue Neuve, comme beaucoup je me dirigeais vers là, traversant la place devant la gare, traînant ma vieille valise, qui en avait vu d’autres.

Curiosité malsaine des badauds traditionnels, il eût mieux valu foutre le camp ! Mais ça n’allait pas tarder !

La police, sans trop ménagement, pria à tout le monde de reculer !

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Dans un chahut indescriptible, en vue de la rue Neuve, où, trop étroite, les pompiers n’arrivaient pas à passer !

Reculant et partant, j’ai eu le temps de voir au loin une forme blanche couchée sur le toit d’une voiture. C’était un Marmiton qui avait sauté d’une fenêtre pour sauver sa peau…

Fumées ! Bruits épouvantables ! …

L’incendie des grands magasins de l’Innovation avait éclaté vers 13h30.

Mal à l’aise, je pris le tram au Mont des Arts en direction de Uccle.

Arrivé à l’atelier chez Peyo, je fis part de ce que j’avais vu en arrivant !

Un peu choqué tout de même, mais ne réalisant pas l’ampleur de ce que ça allait prendre.

Mais mes amis Roland, De Gieter et Peyo étaient déjà accrochés aux nouvelles diffusées à la radio !

Le nombre de victimes augmentait d’heure en heure.

Une ambiance de bombardements difficile à supporter s’abbatit sur Bruxelles, une sorte de peur très sourde à mesure que le temps avançait.

Je me prie à téléphoner à tous mes amis bruxellois rencontrés à l’armée, Etienne Borgers, Claude Quackels, Fernand Leclercq, Christian Nihoul, etc

Tous étaient bien là.

Personne n’était dans l’Innovation… c’était déjà ça.

Je téléphonais aussi à mes parents, bien sûr, quand je pense que quinze jours avant, j’étais avec Roba et Peyo à l’Innovation pour, après une dédicace dans le rayon des livres, juger un concours de dessins d’enfants !!!

À l’Inno, il commençait à décorer le magasin en vue d’une quinzaine “américaine”, cela ne plaisait pas au groupe de maoïstes à l’époque qui défilaient en criant: “on brûlera votre bazar”… qui s’écrièrent après: “Hé oh, c’est pas nous, hein” ! …

Ce fut probablement des erreurs de câble électrique dans ces vieilles constructions “Horta”, je ne sais plus…

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En tout cas, ce fut terrifiant. Officiellement 251 morts et 62 blessés, plus des disparus…

Et d’après la police, des gens qui en ont profité pour disparaître ou des crimes parfaits, imaginez…

…Et des gens qu’on retrouvera hagard dans les bistrots environnants pendant des jours… ce fut le pire incendie d’en belgique en temps de paix.

Ironie du sort, le soir, à la télévision RTB, on passa un film “catastrophe” sur un incendie et franchement je me suis très rarement senti aussi mal à l’aise que ce jour-là.

Cauchemardesque.

On pouvait se garer sur la Grand-Place à l’époque et deux cars allemands ne reprirent jamais la route, comme l’incendie avait aussi commencé dans les restaurants.

Je le dis à ma maman qui me dit:”Oh bah voilà, c’est un prêté pour un rendu”.

“Oh oui, Edgar Jacobs allait manger là tous les lundis, mais à cette heure-là, heureusement, il était déjà rentré chez lui”.

Quel lundi ce 22 mai 1967 !

François Walthéry

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