La Mémoire de métal
Origine du troisième album de Natacha !
Bonjour à toutes, à tous.
Oui, ici, c’est vraiment une aventure sur le plan personnel car après les deux premiers albums, Natacha, hôtesse de l’air, et Natacha et le Maharadjah, scénarisé par mon vieil ami Gos (Roland Goossens)…
Très et de plus en plus occupé par les aventures de son petit “Scrameustache” et tout son petit monde… Et tous les scénarios qu’il avait en tête, il n’avait plus beaucoup de temps pour s’occuper de Natacha, mais que je sais que si je l’avais un peu harcelé pour qu’il m’en écrive, il l’aurait fait.
Et je me retrouvais, ainsi, sans histoire pour Natacha.
Je pouvais dès lors travailler avec plusieurs scénaristes différents, bien que ça, ce n’était pas fréquent à l’époque… et je ne l’ai pas regretté.
Je n’avais aucune idée de ce que j’allais faire pour mon 3e album. Bien que je travaillais toujours chez Peyo, l’aidant pour les Schtroumpfs et Johan et Pirlouit, dans son dernier album: “le sortilège de Maltrochu”.

Je rappelle ici que je suis toujours à Uccle à Bruxelles depuis quelques années déjà, et que j’y ai pris quelques habitudes…
Grâce à des amis bruxellois rencontrés par chance pendant mon service militaire en Allemagne, 1964 – 65 et de retour à la vie civile on continua à se voir à Bruxelles. J’allais boire un verre avec eux, souvent au cinéma et au restaurant.
Le célèbre pâtissier Christian Nihoul de l’avenue Louise, l’avocat Claude Quackels d’Auderghem (Très sérieux mais très marrant ! …) et mon vieil ami, Étienne Borgers (ingénieur dans une usine de chaudière industrielle), lui, a une culture immense en jazz et surtout en blues et en littérature policière…
Sans parler de notre admiration commune pour un certain “Maurice Tillieux” et pour la bonne bd en général… et sans parler aussi du cinéma !
Bref, les semaines passant et nous avions pris l’habitude de se voir chez lui, quai du commerce à Bruxelles, pas loin du canal dont Jacques Brel parle dans ses chansons.
Cela se passait tous les jeudis, soit j’y allais en tram ou Étienne et Jeannine (sa femme) venaient me chercher à Uccle chez Peyo et on passait la soirée après avoir soupé à discuter, écouté la magnifique discothèque de Jazz qu’Étienne possède toujours.
Je ne compte plus les soirées passées les jeudis… c’était de 1966 au tout début 1970… les vacances passées en Bretagne à Carnae (à la villa Saint-Yves, comme on disait…)…
Bref, je savais que Etienne écrivait, à son temps perdu, de “petites nouvelles” qu’il espérait faire publier un jour chez Marabout.
J’en lu deux ou trois et une me tomba dans l’œil !
“Ça”, je lui dis.
“ Ça conviendrait pour un scénario de Natacha”.
L’histoire était musclée et cela se passait pendant une nuit… À une vitesse du genre “Polar noir” !
Une énorme poursuite où des tueurs, pour une raison fumeuse, poursuivent un gars qui ne savait pas pourquoi on lui en voulait !
Surpris, Etienne dit: “Qu’est-ce que tu vas foutre avec ta bonne femme là-dedans” ?!
“Si” ! Je lui dis, il suffit de transposer, d’adapter Natacha et Walter dans ton récit et les mettre à la place des personnages que tu as décrits. J’y crois !
Étienne était sceptique et n’y croyait pas trop.
“Si tu vas voir”.
“Je vais faire le découpage des deux ou trois premières pages, c’est un scénario à la manière ‘Bullitt’ ou ‘French connection’”. (Du très bon cinéma américain des années 60 – 70, du cinéma d’action terrible).
Après quelques jours, Étienne semblait de plus en plus surpris et convaincu… et commença à participer avec moi au découpage de ce scénario de semaine en semaine.
En juillet, avec sa famille, nous sommes allés en vacances au Danemark, à Aarhus, dans le détroit du Cattégat.. et là, nous avons pu terminer la fin du découpage de cette énorme poursuite où je me suis amusé à représenter le tueur principal en Maurice Tillieux. (Ce qui fait bien rire l’ami Maurice).

De retour en Belgique, je délivrais ce qui allait être le troisième album de Natacha et cela commençait la nuit dans le célèbre “Carré” au centre de Liège.
Mais nous n’avions pas de titre pour cette histoire et c’est en me ramenant un jeudi soir à Uccle, prenant un dernier verre au café jazz le Mozart que je trouvais le titre: “La mémoire de métal”, étant donné que l’objet recherché dans le scénario était un petit machin électronique censé se trouver dans la poche de Natacha.
Étienne a immédiatement été d’accord !
Cette histoire fut menée bon train et tranche vraiment par rapport à l’ambiance gentille des deux premiers albums !
Ce que je regrette, c’est de ne pas avoir fait tout l’album trois avec cette belle poursuite. J’aurais pu !
Avec le recul, il manquait 14 planches pour l’album qui sera complété par un scénario fait par Marc Wasterlain. Le titre sera “un brin de panique”.
Voilà, vous savez tout, à bientôt,
François Walthéry.

