Le regard de maman… (Partie 1)

Un regard sur le passé.

Le regard de maman…

Nous avons tous dans notre vie, et à des moments les plus inattendus, des instants, des flashs qui s’accrochent à notre mémoire et qui, vivaces, nous ne quitteront jamais.

Tant d’années ont passé, plus d’un demi-siècle.

Nous étions en 1964 et je dessinais déjà chez l’ami Peyo et ses Schtroumpfs depuis septembre 1963. Et comme tout un chacun, enfin presque, je devais remplir mes obligations de milice

 

C’est-à-dire partir faire mon service militaire obligatoire à l’époque. Et comme j’avais fait la demande de devancement d’appel, j’avais 18 ans et je tenais à avoir cette obligation hors de mes pattes le plus vite possible !

Allez apprendre à défendre la patrie pendant 12 mois… À devenir des tueurs… si on veut !

Nous étions d’une efficacité “redoutable”… Enfin… À l’époque, nous étions opérationnels 7 minutes… après… ? …

Et j’ai donc reçu ma convocation assez vite pour aller sous les drapeaux de ma chère Belgique, le 1 décembre 1964. Certes, il faut savoir que le cœur n’y était pas, et cela depuis longtemps.

Surtout que progressivement, depuis la guerre de 14-18, l’esprit “champ d’honneur” avait fait place à “champ d’horreur”.

Et nos grands-parents, ainsi que chez mon papa, les départs “la fleur au fusil”, s’était bien terni de génération en génération, et que les vieux maréchaux et généraux qui ont envoyé les jeunes au casse-pipe commençaient sérieusement à nous gonfler. Qui, eux, bien entendu, s’éternisaient dans la longévité.

On a remis le couvert en 1940 et là ce fut le bouquet. Dans les années qui suivirent, l’armée, de plus en plus de jeunes ne voulaient plus en entendre parler mais l’obligation de milice restait.

… Et donc fin novembre, ma maman, Zoé, préparait ma valise qui,  paraît-il, avait fait l’exode du 10 mai 1940. Nous n’étions en 64 que 19 années après la fin de cette abomination.

Et le lendemain, le premier décembre, j’allais devoir rejoindre une caserne nommée “Marie-Henriette” dans la bonne ville de Namur pour recevoir mon béret et mes caleçons avec en cadeau des adjudants alcooliques qui vous hurlent dessus.

On aurait salué un poteau télégraphique ou une poubelle…

Et une semaine après, je fus expédié en RFA (République Fédérale Allemande) dans une ancienne caserne S.S. avec une quarantaine de gars, dont certains allaient devenir de grands amis, mais ça c’est une autre histoire !

François Walthéry